Le Fonds de Solidarité pour la Sauvegarde de la Patrie (FSSP) est sans doute l’une des initiatives les plus audacieuses du Niger contemporain porté par les autorités du CNSP sous la houlette du Général Tchiani. Né dans un contexte de sanctions, de blocages financiers et de volonté nationale d’autonomie, il ambitionne de mobiliser les ressources internes du pays pour faire face aux urgences et financer des priorités nationales.



Néanmoins, il faut se l’avouer, cette initiative aussi patriotique soit-elle, ne fait pas l’unanimité. Sur les marchés, dans les bureaux ou sur les réseaux sociaux, beaucoup de Nigériens expriment des réticences d’autant plus que l’économie montre des signes de morosité malgré les efforts déployés par le gouvernement pour maintenir le pouvoir d’achat des Nigériens.
Les questions qui reviennent souvent sont : Où va l’argent ? Qui le gère ? Quelle garantie pour une utilisation efficace ? Cette méfiance somme toute compréhensible ne traduit pas un manque de patriotisme, mais une soif de transparence après des décennies de gestion opaque servie aux Nigériens par leurs élites politiques et administratives.
Entre devoir citoyen et exigence de redevabilité
Disons-le tout de suite, la solidarité nationale ne se décrète pas, elle se cultive. Pour qu’un fonds comme le FSSP soit durable et fédérateur, il doit inspirer confiance. La clé n’est donc pas seulement dans la collecte, mais dans la gestion transparente, la reddition régulière des comptes et une communication claire et surtout engageante.
En clair, les Nigériens sont prêts à contribuer mais ils veulent voir des résultats concrets, des projets visibles et des retombées partagées. C’est là d’ailleurs que se joue la différence entre un geste ponctuel de solidarité et un véritable outil de financement national.
Quand la contribution populaire devient un levier de développement
En effet si le FSSP continue sur sa lancée sous l’impulsion de sa présidente Mme Reki Djermakoye, c’est à dire renforcer sa crédibilité et démontrer sa rigueur, il peut changer de dimension et devenir un véritable moteur de financement endogène. Et donc pas seulement pour combler les dépenses de fonctionnement mais pour soutenir les grands investissements structurants du pays : énergie, routes, hôpitaux, universités…
“ L’exemple le plus frappant sur le continent reste celui du Grand Barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD).
Privée d’aide internationale en raison de tensions diplomatiques alimentées notamment par son voisin égyptien, l’Éthiopie a choisi la voie de la mobilisation populaire : vente d’obligations nationales, contributions volontaires, participation de la diaspora.
Résultat ? Le plus grand barrage d’Afrique, financé par les Éthiopiens eux-mêmes.
Ce projet n’a pas seulement produit de l’électricité — il a produit de la fierté nationale et redonné confiance au peuple dans sa capacité à bâtir son avenir.

Et si le Niger s’en inspirait ?
Le Niger dispose lui aussi d’un projet stratégique majeur : le barrage de Kandadji. Ce projet, crucial pour l’énergie, l’agriculture irriguée et la sécurité hydrique, traîne depuis des années, dépendant des décaissements lents et irréguliers des bailleurs.
Pourquoi ne pas imaginer qu’une partie de son financement puisse venir d’un mécanisme national tel le FSSP ouvert à la participation des citoyens, des entreprises et de la diaspora nigérienne ?
Le challenge pour le FSSP est de rassembler une nation autour d’une vision claire et d’un idéal commun. De nombreux pays ont démontré que c’est possible et le Niger en est capable.
